Je m’appelle Nadège, et oui c’est mon vrai prénom

 

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Je m’appelle Nadège et oui c’est mon vrai prénom. J’écris aujourd’hui cette lettre ouverte, parce que je sais que beaucoup de jeunes filles et même quelques jeunes hommes se reconnaitront dans ce que j’ai à dire. Si vous avez une histoire similaire, je vous invite à poster en commentaire « Je m’appelle (votre nom), et oui c’est mon vrai prénom » sur ma dernière photo Instagram (@nalyah) ou en commentaire sous cet article.

Peut-on pour une fois évoquer une question raciale, sans que l’un soit mal à l’aise et l’autre vu comme un révolutionnaire ou un activiste à abattre? Le mot « race » vous pose problème? Vous êtes loin d’être les seuls. L’académie française elle-même définit la race assez péjorativement comme étant le fondement de théories racistes basées sur la classification de l’espèce humaine. Durant les campagnes présidentielles 2012, François Hollande promettait dans son programme de supprimer ce mot gênant de la Constitution Française.  Je pourrai débattre des heures sur ce que je pense intimement de la nécessité ou non de cette suppression (qui n’a jamais eu lieu), mais encore une fois, ce post serait beaucoup trop long. On est d’accord sur le malaise que ça implique, pourtant on comprends très bien ce qu’on désigne lorsque l’on parle de races. Quel autre mot pourrait le remplacer? Pensez-y, dites le moi en commentaires. Moi je ne vois rien, sauf peut-être le mot « espèce » mais ça fait tout de suite très animal. Mais venons-en à ce que je veux vous raconter.

L’autre soir je suis sortie avec une amie boire un verre dans un endroit sympa et chaleureux. Au fil de la soirée on entame la discussion avec la table d’à côté, on débat, on rit. On passe une bonne soirée. La tranche d’âge est assez large, on a tous entre 20 et 40 ans. L’un d’eux doit partir, au moment de me dire au revoir je lui fais remarquer que je ne sais même pas son prénom. Il en a deux, l’un résonne français et l’autre asiatique. Il me retourne la question. Je lui dis « Nadège ». Il rit à gorge déployée, la table le suit. Ils rient. Tous. « Mais c’est ton vrai prénom genre? » Il continue en me disant qu’il ne s’attendait pas à ça, que mes parents ont sans doute du se tromper.

Mon vrai prénom? Sérieusement? First of all, qui est fou pour donner un prénom qui n’est pas le sien quand on lui demande de se présenter? Tu t’attendais pas à ça, vraiment? Oses-tu me dire à quoi tu pensais, sans dire quelque chose déplacer? Laisse-moi juste te dire que je ne suis pas musulmane, mes parents ne sont pas musulmans donc ils ne m’ont logiquement pas donné un nom musulman. Méprenez-vous ce n’est pas un coup de gueule non, c’est une mission civilisatrice. Je me permets de coloniser votre esprit. I do it for the culture. On a tendance à croire, même implicitement qu’il y a une communauté noire, unique, uniforme et homogène. Comme s’il n’y avait pas de différences entre un comorien, un malien et un camerounais. Laissez-moi vous dire qu’au sein d’un même territoire, d’une même population il y a des différences de cultures, de langues, et de religions. Je le répète puisqu’il semble que ce n’est jamais assez. Il y a des différences partout. I do it for the culture. En France, de Paris à Marseille on n’utilise pas les mêmes expressions, ça ne choque personne, c’est admis c’est compris. Et bien devinez quoi, c’est pareil dans le reste du monde, en ce qui concerne le langage et surtout les personnalités. Ce que je dis c’est qu’il y a une diversité dans l’individualité des personnes noires, rien d’autre. Il y a de la diversité dans la diversité. Tu saisis? Et une noire qui s’appelle Nadège c’est possible. Ça existe, et connaissant l’Histoire de notre monde ça ne devrait pas t’étonner. C’est fou parce que cette petite question de prénoms elle repose sur pleins de problématiques : les races, les préjugés, l’identité, l’ignorance… Et surtout sur l’éternelle question de savoir si on peut rire de tout…

Je vous raconte cette histoire parce que c’est la dernière en date. Mais il y a quelques mois, le soir de la fête de la musique avec d’autres amies on a eu plus fort. Cette fois-ci, je n’étais pas directement concernée. On était au Café Barge pour ceux qui connaissent. C’était bondé, et pour ceux qui se rappellent, en juin de cette année on était en pleine canicule. Il faisait beaucoup trop chaud. Même l’air était chaud. Il devait être 23h, il faisait nuit noire et pourtant il faisait encore aux alentours de 38°C. Bref, on avait soif. Avec les filles on s’approche du comptoir. On était un groupe de filles noires et métissées. En chemin mon amie se fait arrêter par un homme grand, et blanc. J’entends « C’est pas de ce côté la file, mais comme vous êtes charmantes toi et tes copines, je suis sûre que le serveur ne va rien dire ». Je me retourne et lui sourit. Il continue. « Surtout ce serveur là, il kiffe les renois ». Je lui fais dos désormais. J’entends le reste de la conversation. « Non sérieusement t’es grave mignonne, moi de base j’aime pas les renois mais toi t’es vraiment belle. Tu t’appelles comment? ». Elle dit son prénom, qui est d’origine biblique. Il y a un silence. « Non mais… ton vrai prénom ». « Mais c’est mon vrai prénom! Pourquoi ? Tu penses que je m’appelle comment? Fatou? ». « Peut-être pas Fatou, mais Djeneba un truc comme ça ». 

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Vous avez déjà entendu parler de la bêtise humaine? Et bien c’est ça. Allez, je vous laisse le bénéfice du doute, et peut-être que vous ne savez pas que Fatoumata (dans toutes ses déclinaisons, Fati, Fanta, Mamefatou…), Djneneba, Kadidja, Kadiatou, Aminata, Aïssetou, Maïmouna, Mamadou, Mohammed, Mahamoud, Boubakar et j’en passe ne sont pas des prénoms de noirs mais des prénoms musulmans africains. Peut-être que vous ne voyez même pas la différence. Peut-être que vous ne savez pas que tous les africains ne sont pas musulmans, que certains sont chrétiens. Peut-être que vous ne savez pas que le christianisme a été implanté en Afrique durant une période de l’Histoire qu’on nomme la colonisation.

Peut-être même que vous le savez, et que vous pensez que c’est encore un article d’une activiste à deux balles qui ramène la colonisation pour expliquer tout et n’importe quoi. Peut-être que vous faites partie de ces gens qui ne veulent pas voir la réalité en face. Peut-être que vous avez déjà ris à une blague où l’on a traité une fille de « Fatou » ou un garçon de « Jean-Charles ». Peut-être que vous faites partie de ces gens qui donnent gratuitement des complexes aux autres sur leur prénom. Peut-être que vous pensez que je n’ai pas mon mot à dire parce que je m’appelle Nadège. Sans doute parce que vous ne comprenez toujours pas, que peu importe le nom qu’on m’a donné à la naissance il ne doit être ni une honte ni une fierté, et qu’effectivement ce n’est qu’un nom. Et ce nom raconte une histoire, l’histoire de chacun. Il n’y a pas de bonne ni de mauvaise histoire, juste la vôtre et il faut forcer les autres à la respecter. Peut-être que vous ne savez pas que le prénom que je porte qui semble ne pas être mon vrai prénom selon certain, m’a été donné en raison de l’influence de vos ancêtres sur les miens. Peut-être que vous ne connaissez pas Sainte Nadège, qui a confessé sa foi jusqu’au martyr.

Peut être que vous ne vous rendez pas compte que ce genre de question en dit long sur l’étroitesse de votre esprit. Peut-être que vous ne pouvez vivre que dans un monde où tout est prévisible, où un jaune s’appelle Bruce Lee, un blanc François, et un noir Souleyman. Peut-être que rencontrer une fille noire qui s’appelle Nadège, Océane, Vanessa, Laetitia, Emmanuelle ou Léa bouleverse l’équilibre dans lequel vous êtes établis. Peut-être qu’il est temps de ne pas présumer savoir qui vous avez en face de vous avant de connaitre effectivement cette personne. Peut-être qu’il faut commencer par respecter les gens, en s’efforçant de bien prononcer leur nom. Parce que ça aussi c’est important. Et ce n’est pas parce que vous, vous n’arrivez pas à comprendre cela que c’est moi le problème.

Est-ce que je peux vous en vouloir? Concrètement oui. J’entends déjà ceux qui ne comprennent pas ce long article, et doivent avoir déjà abandonnés sa lecture. Pour eux, il n’y a pas à polémiquer; ce n’était qu’une blague, une plaisanterie que m’a fait ce charmant jeune homme que je venais de rencontrer. Pourtant, lorsque l’on remet en cause l’existence d’un prénom ou qu’on le juge, on touche à des questions d’identité qui peuvent blesser. En clair « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». Ce n’est pas que je suis aigrie, c’est que je vous explique ligne après ligne, que ce genre de blagues blessent lorsqu’elles sont répétées. Alors abstenez-vous surtout devant moi.

Est ce que vous vous rendez compte? On hiérarchise jusqu’à notre appellation, et lorsque l’on est au collège ou au lycée ça peut créer de réels mal-être. Heureusement que ça ne dure qu’un temps. Personnellement j’ai passé l’âge de perdre confiance en moi pour de telles futilités et imbécilités, je suis juste fatiguée et agacée face à tant d’ignorance. Je m’inquiète davantage pour mes babies sisters. Pour celles qui se forgent un gros caractère parce qu’on ne fait que les pointer du doigts, qui, en colère contre le monde  ne font que renforcer l’idée que l’on se fait d’elles. Ca me saoule aussi pour celles qui ont honte de leur prénom ou en ont déjà eu honte. Rendez vous juste compte que c’est eux qui ont un problème. Et soyez fière de votre prénom. Soyez fière pour vous. Et surtout pas par rapport au prénom qu’une autre porte, parce que dans ce cas là pour moi vous ne valez rien comme l’asiatique ou le type du Café Barge dans mes histoires.

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J’adresse aussi un mot d’amour, à toutes celles qui de part leur regard noir (que nos mères nous ont appris) ont su dissuader quiconque de vouloir s’en prendre à elles. Je ne vais pas mentir, quand le type m’a faite cette réflexion et toutes les autres fois où j’ai été dans cette situation, je n’ai rien dit. Ou du moins rien de concret, si ce n’est de lui dire de vite se calmer. Parce qu’encore une fois lorsque l’on veut ré-équilibrer les perceptions raciales en faveur de la cause noire, on nous colle in limine litis l’étiquette de Rosa Parks des temps modernes et jamais celle d’une simple humaniste fervente d’égalité. On va d’ailleurs peut-être me coller cette étiquette une fois l’article publié : Nalyah la blogueuse militante. LOL.

Je voudrais faire une ôde à mes copines noires, musulmanes, chrétiennes, athées, belles, talentueuses et respectables qui viennent brouiller vos préjugés. Voilà j’ai parlé pour moi et de la prétendue inadéquation entre mon prénom Nadège et ma noiritude. Pour en savoir plus sur la question des préjugés des prénoms noirs musulmans la blogueuse BLACKBEAUTYBAG en parle mieux que moi, vous pouvez lire son article Je m’appelle Fatou, ça vous pose problème? ici.

Comme toutes celles que je connais, je ne remplis pas toutes les cases des préjugés de la femme noire. Je n’ai rien de plus, rien de moins. Je suis juste moi, et différente à ma façon. Je m’appelle Nadège, je suis noire et oui c’est mon vrai prénom. Et toi tu t’appelles comment? J’ai hâte de voir vos commentaires « Je m’appelle XXX, et oui c’est mon vrai prénom » sur mon dernier post instagram juste 

 

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Article similaire : Faites l’expérience capillaire d’une femme noire

 

14 commentaires sur “Je m’appelle Nadège, et oui c’est mon vrai prénom

  1. Juste des propos d’ignorants qui ne sortent pas des stéréotypes et de leur représentation. Ils ne savent pas qu’il y a des noirs qui sont chretiens. Ils ne connaissent pas l’histoire des faits religieux, de la colonisationetc… il faut les mépriser ou trouver des parades. J’ai vecu cela une fois aussi avec une asiatique et je lui ai répliqué en lui demandant s’il est venu par les bateaux des « boat pepole ». Ca la calmé. Il faut développer des répliques cinglantes.
    J’ai 3 enfants à qui j’ai donné en premier prénom celui du Bénin. À leur adolescence, j’ai subi le débat de ce choix et des possibilités de les modifier. Allez y comprendre quelque chose.
    Juste une histoire d’ignorance…

    1. C’est évident que ce sont des propos d’ignorants, mais je ne pense pas que le mieux c’est de les ignorer au contraire. Parfois il faut faire l’éducation des gens pour éviter que se reproduisent de telles situations

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